Comment choisir un prestataire IA : les questions à poser avant de signer
Départagez-les sur ce qu’ils écrivent, pas sur ce qu’ils montrent. Une démonstration prouve qu’un outil existe ; elle ne prouve pas qu’il résoudra votre problème. Trois questions suffisent à trier. Votre problème est-il reformulé dans leurs mots, avant toute solution ? Le résultat attendu est-il vérifiable par vous, sur vos données à vous ? Et que se passe-t-il s’il n’est pas au rendez-vous ? Le reste — outils, modèles, architecture — vient après.
Mis à jour le 04 août 2026
Cette ressource fournit une information générale, à jour à la date indiquée. Elle ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas l’analyse d’un professionnel du droit au regard de votre situation.
Que contient toujours une proposition sérieuse ?
Quatre éléments. Leur absence est déjà un renseignement.
Le problème reformulé. Avant toute technologie, la proposition redit ce que vous avez décrit — dans ses mots, avec vos volumes, vos contraintes, votre vocabulaire métier. Si vous ne vous reconnaissez pas dans les trois premiers paragraphes, la suite ne vous concerne pas.
Un périmètre. Ce qui est compris, ce qui ne l’est pas, ce qui reste à votre charge : reprise des données, ouverture des accès, disponibilité de vos équipes.
Des critères de recette. Une liste de cas que vous pourrez exécuter vous-même, avec le résultat attendu pour chacun. Écrits avant, pas après.
Ce qui se passe si le résultat n’y est pas. Correction, nouvelle itération, arrêt, restitution des travaux : la question est désagréable, elle se pose avant la signature. Après, elle ne se pose plus.
Comment repérer un vendeur de démonstration ?
Une démonstration se prépare sur des cas choisis. Demandez la même chose sur vos données réelles : les dossiers mal remplis, les cas limites, les exceptions que votre métier connaît par cœur. La façon dont on accueille cette demande vous apprend plus que la démonstration elle-même.
Quatre signaux méritent que vous ralentissiez.
Une garantie de résultat chiffrée. Personne ne peut promettre un gain mesuré avant d’avoir vu vos données.
Un refus de nommer les limites. Tout système en a. Qui n’en cite aucune ne les a pas cherchées, ou ne vous les dira pas.
« On branche l’IA sur vos données », sans un mot sur les droits d’accès. Qui verra quoi ? Cela se traite à la conception, jamais après.
Un forfait sans critère de recette. Vous payez un livrable dont personne n’a défini la réussite.
À qui appartient le code une fois la facture payée ?
Pas à vous, sauf écrit. C’est le point que les dirigeants découvrent le plus tard.
Le code source relève du droit d’auteur, et rien ne se transmet sans écrit : les contrats par lesquels des droits d’auteur sont transmis doivent être constatés par écrit (article L131-2 du code de la propriété intellectuelle). Un écrit prudent suit ensuite l’article L131-3 : chaque droit cédé mentionné distinctement, le domaine d’exploitation délimité quant à son étendue, sa destination, son lieu et sa durée. Régler la facture ne transfère rien.
Une dévolution automatique existe bien — mais pour le logiciel créé par un salarié dans l’exercice de ses fonctions, dont les droits patrimoniaux reviennent à l’employeur sauf stipulation contraire (article L113-9). Un prestataire extérieur n’est pas un salarié : la règle ne joue pas.
Deux issues acceptables : une cession, ou une licence dont vous avez lu la portée. Ce qui ne l’est pas : le silence.
Et vos données, vos prompts, le modèle ajusté ?
Trois objets distincts, trois clauses distinctes.
Vos données ne deviennent pas les siennes — mais rien ne le dit à votre place. Écrivez ce que le prestataire a le droit d’en faire, et surtout ce qu’il n’a pas le droit d’en faire : les réutiliser pour d’autres clients, les transmettre à un fournisseur de modèle, les conserver après la fin du contrat. S’il traite des données personnelles pour votre compte, il agit comme sous-traitant au sens du RGPD : un contrat écrit est obligatoire, et il vous revient de vérifier ses garanties avant de lui confier quoi que ce soit.
Les prompts, les réglages et la documentation sont des livrables. Demandez-les nommément : ils sortent rarement d’eux-mêmes.
Un modèle ajusté sur vos données pose trois questions. À qui appartient-il ? Que devient-il si vous partez ? Peut-il servir ailleurs ? À trancher avant, pas à la sortie.
Que pourrez-vous reprendre en interne ?
Posez la question à l’envers : si vous arrêtiez demain, que resterait-il chez vous ?
Ce qui se reprend, en général : le code, s’il vous a été cédé et s’il est documenté ; les données, exportées dans un format ouvert et lisible ; la configuration, si elle est écrite quelque part.
Ce qui reste captif plus souvent qu’on ne l’imagine : l’hébergement, quand tout tourne chez le prestataire sous son compte ; les clés d’accès aux services d’IA, souscrites à son nom et facturées sur le sien ; les formats propriétaires, dont l’export produit un fichier que personne d’autre ne sait relire ; la connaissance, quand rien n’a été transmis à personne chez vous.
Une clause de réversibilité se négocie en quelques lignes à la signature et vaut cher deux ans plus tard : format d’export, délai, assistance à la reprise, sort des accès et des sauvegardes.
Qui porte les obligations de l’AI Act, eux ou vous ?
Les deux, mais pas sur les mêmes points. Le règlement européen sur l’IA distingue le fournisseur, qui met le système sur le marché sous son nom, du déployeur, qui l’utilise sous sa propre autorité — vous, dans la plupart des cas. Vous devenez fournisseur si vous apposez votre nom ou votre marque sur un système à haut risque déjà mis sur le marché, si vous le modifiez substantiellement, ou si vous changez la finalité d’un système qui n’était pas à haut risque au point qu’il le devienne (article 25).
Depuis le 2 août 2026, les obligations de transparence s’appliquent et les autorités exercent leurs pouvoirs de contrôle. Les obligations « haut risque » de l’annexe III sont reportées au 2 décembre 2027 par le règlement (UE) 2026/1744.
Au contrat, cela se traduit simplement : qui fournit la documentation, qui répond à une autorité, qui met à jour si le texte bouge. Un contrat répartit les rôles et organise vos recours ; il ne vous met pas hors de portée de l’autorité qui vous interroge.
Quand n’avez-vous pas besoin d’un prestataire ?
Trois situations fréquentes où la bonne décision est de ne signer avec personne.
Un outil du marché fait déjà l’affaire. Beaucoup de besoins — résumer, rédiger, traduire, retrouver un document — se couvrent avec un abonnement du marché et un peu de paramétrage. Le sur-mesure ne se justifie que là où votre spécificité crée la valeur.
Le problème n’est pas écrit. Tant que vous ne savez pas dire qui fait quoi aujourd’hui, à quelle fréquence et ce qui coince exactement, personne ne peut le résoudre pour vous. Un prestataire posera des hypothèses à votre place, et vous les paierez.
Le sujet est organisationnel. Une information qui circule mal, une décision que personne ne prend, un processus que deux services appliquent différemment : l’IA rendra le désordre plus rapide. Traitez l’organisation d’abord, la question technique ensuite.
Questions fréquentes
- Faut-il exiger la cession du code source ?
- Pas toujours. Une licence claire suffit dans bien des cas. Ce qui compte, c’est que le document dise ce que vous pouvez faire du code, où, et pour combien de temps. Le silence, lui, joue contre vous.
- Un prestataire peut-il garantir un résultat ?
- Il peut s’engager sur des critères de recette vérifiables : tel cas produit tel résultat. Il ne peut pas garantir un gain chiffré avant d’avoir vu vos données. La promesse inverse est un signal, pas un argument.
- Faut-il choisir un prestataire certifié ?
- Aucune certification ne porte sur le résultat de votre projet. ISO/IEC 42001 est une norme volontaire de management de l’IA, auditée par un tiers : elle atteste d’une organisation interne, pas d’un résultat chez vous. Lisez la proposition plutôt que les logos.
- Combien de propositions faut-il comparer ?
- Deux ou trois suffisent, à condition qu’elles répondent au même besoin écrit. Comparer des propositions bâties sur des périmètres différents ne compare rien : vous choisirez la moins-disante, pas la meilleure.
- Peut-il utiliser nos données pour entraîner ses modèles ?
- Seulement si le contrat l’autorise. Écrivez l’interdiction explicitement, y compris à l’égard de ses propres fournisseurs de modèles. Dès qu’il traite des données personnelles pour votre compte, le RGPD impose déjà un contrat écrit avec lui.
- Que faire si la relation se passe mal ?
- Relisez ce que vous aviez prévu : critères de recette, points d’étape, réversibilité. Si rien n’était prévu, il n’y a rien à faire valoir. C’est précisément pourquoi cela s’écrit avant.
Pour aller plus loin
- L’IA dans une PME : par où commencerLe premier projet d’IA ne se choisit pas par l’outil. Comment repérer un bon cas d’usage, ce qu’il faut vérifier avant, et quand il vaut mieux attendre.
- Quelles aides pour financer un projet d’IA dans une PME ?CIR, CII, plan « Osez l’IA », régions, Europe : ce qu’une PME peut réellement mobiliser pour financer un projet d’IA, et ce qui rend un dossier crédible.
- AI Act : ce qu’une PME qui utilise l’IA doit faireCe que le règlement européen sur l’IA impose à une PME qui utilise l’IA sans en développer : littératie, transparence, usages interdits et calendrier réel.
- Un outil d’IA conçu pour votre problème, pas l’inverseIntégrer l’IA sans gadget ni risque inutile : un outil conçu pour votre problème, vos données protégées, un humain qui garde la main. Paris, Île-de-France, France.
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Sources
- https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000032042977 — Article L131-2 du code de la propriété intellectuelle : les contrats par lesquels sont transmis des droits d’auteur doivent être constatés par écrit — exigence générale et certaine de l’écrit pour toute cession
- https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006278958 — Article L131-3 du code de la propriété intellectuelle : mention distincte de chacun des droits cédés et délimitation du domaine d’exploitation quant à son étendue, sa destination, son lieu et sa durée — formalisme dont la jurisprudence réserve l’application aux contrats énumérés à l’article L131-2, alinéa 1er, et que reprend par prudence un écrit de cession de logiciel
- https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039279818 — Article L113-9 du code de la propriété intellectuelle : les droits patrimoniaux sur un logiciel créé par un ou plusieurs employés dans l’exercice de leurs fonctions sont dévolus à l’employeur, sauf disposition ou stipulation contraire — dévolution limitée aux salariés et agents publics, donc inapplicable à un prestataire extérieur
- https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2024/1689/oj — Règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle : définitions du « fournisseur » (article 3, point 3) et du « déployeur » (article 3, point 4) ; article 25, paragraphe 1, qui fait d’un déployeur, d’un distributeur, d’un importateur ou d’un tiers le fournisseur d’un système à haut risque lorsqu’il y appose son nom ou sa marque (sans préjudice d’arrangements contractuels répartissant autrement les obligations), lorsqu’il apporte une modification substantielle à un système à haut risque, ou lorsqu’il modifie la finalité d’un système non classé à haut risque au point qu’il le devienne ; article 50 sur la transparence ; article 113 : application du règlement à compter du 2 août 2026
- https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=OJ:L_202601744 — Règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 (« Digital Omnibus on AI »), publié au Journal officiel de l’Union européenne le 24 juillet 2026 : report de l’application des obligations relatives aux systèmes d’IA à haut risque au 2 décembre 2027 (annexe III) et au 2 août 2028 (annexe I)
- https://www.cnil.fr/fr/sous-traitant — La CNIL rappelle qu’un prestataire qui traite des données personnelles pour le compte d’un responsable de traitement agit comme sous-traitant et que la relation doit être encadrée par un contrat écrit (article 28 du RGPD) ; elle met à disposition clauses contractuelles types et guide dédié
- https://www.afnor.org/en/news/artificial-intelligence/ia-quality-certification-standard/ — L’AFNOR présente ISO/IEC 42001 comme une norme volontaire et certifiable de système de management de l’intelligence artificielle, auditée par un tiers indépendant, distincte de la réglementation qu’est l’AI Act